Cher Monsieur Will Smith,
Je vous écris aujourd’hui pour vous dire à quel point je vous hais. Je vous conchie littéralement, rien que ça. Vous êtes, à mes yeux, l’égocentrisme fait homme, l’égoïsme incarné, le narcissisme personnifié. Bref, une belle et grosse merde. Je m’explique.
Je vous ai découvert comme beaucoup grâce au « Prince de Bel-Air », excellente série qui assumait et revendiquait cette nouvelle bourgeoisie Afro-Américaine (dixit mon prof d’histoire de l’époque, Mr Paris). Vous y incarniez le neveu issu des quartiers pauvres, un personnage charismatique et extraverti, un peu cliché sur les bords certes, et adepte du « jamais deux fois la même tenue vestimentaire ». Au-delà de ça, comment ne pas apprécier une série produite par Quincy Jones qui s’offre le luxe d’avoir en guest les Public Enemy, rien que ça !
Puis vinrent rapidement les deux Men In Black dans lesquels vous rentabilisiez votre personnage de black rappeur cool et décontracté. Là encore, de nombreux extra-terrestres rigolos et Tommy Lee Jones m’avaient amplement suffit.
Et là, patatrac, Independance Day. Sombre bouse puante de patriotisme. Vous mûrissez. Finie la gaudriole, place au héros justicier défenseur de la veuve et de l’orphelin (et même du chien dans le cas présent).
Je vous tiens pour seul responsable de ma déception face à « I, Robot ». Saccager ainsi le génie d’Isaac Asimov et le talent –naissant- d’Alex Proyas dans l’unique but de vous voir exhiber plaquettes de chocolat et muscles saillants lors de tractions…
Rebelote avec « Ali ». Cette fois-ci, vous cherchez la crédibilité de vos pairs avec le biopic d’une légende (encore vivante). Malheureusement, j’en ai oublié Michael Mann pour ne voir là encore que la scène de douche (sûrement une clause dans vos contrats tant elles sont légion et quasi obligatoire dans votre filmographie). Pas pire que le réalisateur David Koepp qui zoome sur le paquet de Wesley Snipes dans « Blade 3 : Trinity » certes…Mais de toutes façons, on ne touche pas à la légende Cassius Clay Mohamed Ali.
Avec « A la recherche du Bonheur », vous touchez enfin le fond. (pour les aficionados, la scène de douche se trouve chapitre trois, 1’10’’, régalez-vous !)
Une nouvelle carrière s’offre à vous, vous serez désormais le père idéal. Quoi de mieux pour cela que de mettre en scène son propre fils, certainement aussi talentueux que son petit papa chéri. Mais c’est quoi au juste un père idéal ?
Tout simplement un homme qui va s’abaisser en enviant les riches et chier sur les pauvres, servir le café aux puissants patrons, gentil boy de l’Oncle Sam, se branler d’admiration devant le cabriolet du trader épanoui à Wall street (ralenti, sourires sur tous les visages), faire dormir son fils dans des toilettes publics ou avec des clochards juste par convoitise et désir de richesse. A la recherche du bonheur ? Surtout à la recherche de convoitise, d’un tas de fric, quitte à y perdre son humanité.
J’ai tout particulièrement apprécié votre profond mépris vis-à-vis des minorités, quelles qu’elles soient : la hippy musicienne mendiante (voleuse et certainement droguée), la baby-sitter d’origine Asiatique (incompétente notoire) ou bien encore le chauffeur de taxis immigré (que le papa idéal arnaquera allégrement en refusant de payer). Mais la cerise sur le gâteau reste…les femmes. Nan parce qu’une mère qui abandonne son enfant quasi sans se retourner à un père égoïste et au chômage, c’est pas super courant. Là où ça devient vraiment vicieux, c’est de parvenir à la rendre antipathique en lui octroyant le mauvais rôle. Pensez donc, une mère qui travaille douze heures par jour dans un hôpital pour subvenir au bien-être de son fils et de son mari pendant que celui-ci découvre le rubicube…
Mais de tout cela, on s’en moque car comme le dire votre fils, à l’écran et dans la vie : « Tu es un papa génial », n’est-ce pas là l’essentiel ?
00 / 20. Ode au capitalisme exacerbé, porno à la gloire du Medef, ce film est tout bonnement merdique car dangereux. Le «Do it yourself », marche ou crève, pas de compassion la réussite coûte que coûte de la part d’un cookie (argot Américain désignant quelqu’un de blanc à l’intérieur et noir à l’extérieur). Si c’est ça la société idéale que vous souhaitez inculquer et laisser à vos enfants, permettez-moi de vous chier dans la bouche.
Le denier petit coup derrière la nuque : De vous savoir tête d’affiche (et très certainement producteur) de l’adaptation cinématographique de MON roman culte, j’ai nommé « Je suis une légende » de Richard M. Matheson (qui avait pour héros un Irlandais bourru, votre portrait craché en somme), ça m’donne des envies de meurtres à votre égard.
Bien affectueusement, votre plus grand fan,
-Arno.
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