Pour les personnes comme moi qui ont divorcé de leur télévision (et de sa grosse et turgescente antenne), visionner un documentaire
animalier relève du parcours du combattant. En dvd, les productions National Geographic monopolisent tout le rayon (à raison d’ailleurs).
Au cinéma par contre, deux à trois super productions par an, belles certes, mais bien moins
instructives.
La Marche de l’Empereur ? La migration annuelle des manchots empereurs anthropomorphismés à outrance au point de leur conférer des
voix d’acteurs. La Citadelle Assiégée ? Le Starship Troopers des insectes, rien à redire. Pareil pour Microcosmos. Les Animaux
Amoureux ? Ho un Paradisier, comme il est rigolo à se dandiner ainsi de la sorte. Un jour sur Terre ? Ho un Paradisier, comme il est rigolo à se dandiner ainsi de la sorte. (une courte séquence dissimulée entre l’attaque d’une trentaine
de lionnes face à un éléphant, un guépard face à une gazelle, un ours blanc face à un morse...On est plus proche de l’UFC que du WWF).
Bref, rien de bien folichon donc. Alors quand est annoncé un documentaire sensé réhabiliter le Requin aux yeux du grand public, je
jubile, je salive, je me frotte les mains.
Las pourtant, quelle déception. On y suit la passion du réalisateur du dit film, Rob Stewart, jeune et belle gueule, imberbe, bronzé et photogénique, qui n’hésite pas à se mettre en scène face
aux requins. Alors oui y’a de jolies images (les requins marteaux, la tortue luth), c’est bien filmé (en même temps, pour un gars qui passe sa vie dans la flotte, c’était un minimum), mais la
surmédiatisation de son auteur et la mise en scène sont particulièrement indigestes.
L’apogée de ce besoin de reconnaissance explosera lors des dernières secondes : après quelques rapides panneaux d’informations
avec chiffres à l’appui, on peut admirer notre beau gosse de service surfer sous l’eau, tiré par un moteur. Intérêt ? Zéro. Le monsieur s’amuse, nage avec les requins, plonge en apnée et
nous montre son slip de bain sous toutes les coutures. « Les requins, c’est gentil finalement, arrêtez de les tuer sinon je ne pourrais plus nager avec ! »
Procédé grossier que même Michael Moore n’aurait pas renié. Car oui,
j’accuse ! J’accuse Mr Moore d’avoir inspiré (salopé) cette nouvelle vague de documentaires dans lesquels le réalisateur doit absolument apparaître à l’écran. Et tant pis pour la véracité
des images, au diable ce qui s’y dit ça et là, du moment que je passe bien à l’image et que je tire toute la couverture à moi (le public s’identifie et sympathise, je suis le bon, eux les vilains
–quel que soit le sujet-, le tour est joué).
C’est ici bien trop flagrant pour ne pas être remarqué : Rob Stewart enfant sur des photos, Rob Stewart ado qui attend à
l’arrêt de bus, Rob Steward en slip de bain et en apnée parmi les requins, Rob Stewart malade à l’hôpital, Rob Stewart unijambiste, Rob Steward affronte la Mafia, Rob Stewart courageux bronzé
beau gosse…
Ce qu’il ne pouvait prévoir, c’est à quel point il peut paraître fade et inexistant face
au capitaine Paul Watson, fondateur de l’association écologique Sea Shepherd (et cofondateur de Greenpeace en 1972 rien que ça),
qui à lui seul mériterait tout un film. (ma charmante secrétaire me précise à l’instant qu’il existe déjà un documentaire sur cet homme, Paul Watson l’œil du
cachalot).
-Paul Watson sur le pont-
Dernier petit détail très troublant : Tous les intervenants du film sont identifiés via un sous-titre sauf un : l’homme d’origine asiatique assis à son bureau. Jamais ne sera révélé son
identité, ni même sa profession, mais il n’hésite pas à parler au nom de tout un peuple. De qui s’agit-il, ça, on s’en fout, tout ce qui compte c’est qu’il soit foncièrement antipathique.
Beaucoup d’images chocs pour finalement apprendre quoi ? Que les requins sont tués pour leurs ailerons ? Qu’ils souffrent d’une vilaine réputation ? Rob Stewart l’utilise autant
qu’il la dénonce (voir pour se le prouver la scène où de nombreux requins traquent un pauvre poisson dissimulé, métaphore de leur fuite face à la justice corrompue du Costa rica).
Alors oui le requin est terrifiant, oui il est en voie d’extinction de par son massacre, et oui il apparaît dans la composition d’une soupe très prisée en Asie. La cause est noble et nécessaire
mais la forme choisie pour le montrer est souvent indigeste.
Pour la p'tite histoire, de mon côté, j’ai longtemps eu peur des jars. Malgré cette phobie paralysante, très récemment, j’ai sympathisé (et plus si affinités) avec l’un d’entre eux. Je compte
très prochainement faire un somptueux documentaire sur notre belle histoire d’amour : je me vois déjà déambuler en bermuda dans le poulailler et caresser les belles ailes de mon jar, me
rouler dans ses fientes et mettre ma tête dans son bec.
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